Communiqué de presse SIT-UNIA du 25 juin 2020 : La Croix Rouge genevoise

La Croix-Rouge genevoise (CRG) a décidé unilatéralement de dénoncer la CCT pour son personnel pour la fin de l’année 2020. Les syndicats SIT et Unia, signataires de la CCT, ont été mis devant le fait accompli. Fin mai 2020, la CRG a également licencié collectivement 35 employées de solidarité, accompagnantes d’enfants d’âge préscolaire à domicile pour la fin août. Aucun plan social n’a été signé à ce jour pour atténuer les effets de cette décision, bien que la loi le prévoie.

La CRG fait table rase du partenariat social La CRG ne veut plus de la CCT et d’un texte négocié avec les syndicats. Elle a décidé de la dénoncer pour la fin 2020. Elle entend ainsi renoncer à l’application de l’échelle de traitement de l’Etat prévue par celle-ci. La CRG veut, notamment, mettre en place un nouveau système salarial « maison » qui lui permettra de faire des économies. L’échelle salariale commencera plus bas pour certaines catégories de personnel, comme les nettoyeurs-euses, les gardes d’enfants, les interprètes communautaires, les formateurs-trices, etc. La progression salariale et l’adaptation au coût de la vie dépendront uniquement de l’appréciation que fera la CRG de sa situation financière. Les paliers de progressions seront infiniment plus petits et étalés sur une plus longue période (jusqu’à 40 ans). Les cadres seront par contre revalorisés et la direction générale sera considérée comme « hors classe ». C’est sans doute ce qu’entend la CRG par « assurer la transparence et l’équité ». Dans les faits, il s’agit d’un modèle qui dévalorise les contraintes physiques et psychiques des personnes les moins qualifiées et qui survalorise la hiérarchie. Et même si la CRG assure que personne n’aura de baisse de salaire, la plupart des employé-e-s verront leur salaire stagner ces prochaines années. Quant au plan social prévu par la CCT en cas de suppression de postes, celui-ci disparaîtra. De mauvais augures pour les futures restructurations. La CRG va également supprimer l’aide à l’assurance maladie et augmenter la participation des employé-e-s à l’assurance perte de gain.

Sans CCT, la CRG pourra décider de changer les conditions de travail sans négocier avec les syndicats et de façon unilatérale. A part les grandes lignes d’un projet, personne n’a pu prendre connaissance des conditions de travail prévues par la CRG dans le nouveau contrat de travail. Elle a d’ores et déjà décidé d’envoyer les congés modification à tout le personnel début septembre. En d’autres termes, ce sera à prendre ou à laisser. Quant aux emplois de solidarité, leurs conditions salariales resteront celles d’aujourd’hui. Contrairement à ce qu’affirme la CRG dans un plan de communication bien rôdé, le personnel n’a pas été consulté sur sa nouvelle politique RH. En pleine période de semi-confinement, 2 visioconférences de présentation ont eu lieu, sans que la direction annonce clairement son intention de dénoncer la CCT et les conséquences qui en découleront. Aucun échange n’a eu lieu avec les syndicats à ce propos non plus, alors que des séances paritaires avaient lieu peu de temps avant et qu’un avenant à la CCT a même été signé avec nos syndicats en avril de cette année. En conséquence, les syndicats demandent à la CRG de renoncer à la dénonciation de la CCT.

Toujours pas de plan social après la liquidation du service d’accompagnantes à domicile La CRG a décidé abruptement de mettre un terme à ce service pour la fin août. Un licenciement collectif de 35 employées en emploi de solidarité (EdS) chargées d’accueillir des enfants d’âge préscolaire au domicile de leur parents. Si Pro Juventute a d’ores et déjà indiqué pouvoir procéder à l’engagement d’une vingtaine d’entre-elles, mais sans garantie effective qu’elles le seront après postulation, demeurent le sort des autres employées non retenues. Dans le cadre de la procédure de consultation, les syndicats et la commission du personnel ont présenté leurs demandes pour éviter les licenciements, en limiter le nombre ou en atténuer les conséquences. Malgré tout, la CRG a licencié l’ensemble du personnel de ce service pour la fin août, y compris les personnes en arrêt maladie et accident ou proche de la retraite. Quelques employées auront la possibilité de postuler pour des postes d’EdS au sein même de la CRG, mais sans garantie d’être engagées, ni sans que toutes les employées concernées puissent retrouver un emploi par ce biais. Lorsqu’une entreprise emploie au minimum 250 travailleurs et travailleuses et qu’elle entend licencier au moins 30 travailleurs et travailleuses, l’article 335i du CO relatif aux licenciements collectifs prévoit, qu’elle est tenue de négocier un plan social. Cet article est applicable dans ce cas précis. A ce jour, la CRG n’a pas encore signé de plan social avec nos syndicats pour les intéressées. De quoi se questionner sur les « valeurs » si souvent mises en avant par la Croix-Rouge genevoise. Les syndicats demandent maintenant à la CRG de se déterminer sur un plan social digne de ce nom, permettant à toutes celles qui se retrouveront sans emploi, de passer ce cap le moins difficilement possible. Une responsabilité sociale minimale de l’employeur.

La Décision de la Croix-Rouge genevoise de fermer ce service d’accompagnantes d’enfants au domicile de leurs parents, en raison du fait qu’il est déficitaire, démontre une fois de plus que ce mode d’accueil, ne disposant d’aucun subventionnement communal ou cantonal et nécessitant d’avoir recours à des emplois de solidarité notoirement sous-payés, ne constitue pas une réponse adéquate en matière accueil d’enfants d’âge préscolaire. Les conditions de travail proposées à Pro Juventute – Marry Poppins – sont encore moins bonnes que celles actuellement appliquées par la CRG. C’est par exemple le cas de la couverture perte de gain en cas de maladie qui repose sur une échelle de Berne à peine améliorée. Une activité professionnelle essentiellement féminisée et totalement dévalorisée pour pallier à la pénurie de places en crèche.

Le SARE se déclare incompétent Si aucune solution professionnelle n’est trouvée pour certaines employées concernées, cela suppose pour elles de s’inscrire au chômage. Elles subiraient alors une perte de revenu de 20 à 30% sur un salaire de 3725 francs bruts pour un plein temps, soit un montant entre 2607,50 et 2980 francs brut par mois. Une misère qui nécessite d’avoir recours à l’aide sociale. Certaines d’entre elles ont pourtant jusqu’à 10 ans d’ancienneté à la CRG. Malgré cette évidence, le Service de retour à l’emploi (SARE) de l’OCE, que les syndicats souhaitaient rencontrer pour trouver une solution pour les intéressées, considère actuellement qu’il n’est pas compétent en la matière. Ceci en pleine période d’explosion du chômage lié à la crise provoquée par la Pandémie. Une situation particulièrement choquante de la part du service de l’Etat dédié aux emplois de solidarité.

Contacts Valérie Buchs (SIT) Pablo Guscetti (UNIA)