Votation du 7 mars : le hold up manqué des assureurs !

- S’il est toujours hasardeux de se lancer dans l’interprétation d’un résultat de votations, car c’est toujours l’addition de différentes motivations qui convergent dans un même vote, il est au moins une leçon qui ne souffre aucune discussion après celui sur la baisse du taux de conversion : les suisses sont restés dans leur grande majorité insensibles au tour de passe-passe que leur ont servis des mois durant assureurs, partis de droite

et Conseil fédéral. Et quand la Directrice d’Économie suisse tente d’expliquer l’échec par le fait que « la population connaissait mal le mécanisme du deuxième pilier et [qu’]il a fallu combler cette lacune », on est tenté de croire au contraire que plus les suisses en apprenaient sur le deuxième pilier et son fonctionnement et plus ils se sont convaincus de l’inutilité et de l’injustice que représenterait cette baisse. Il est intéressant à cet égard de constater que contrairement aux campagnes classiques, le camp du Conseil fédéral ne s’est pas renforcé au fur et à mesure de la campagne. Un sondage du 4 février indiquait en effet un cinquième des électeurs pour le oui contre le double de non et d’indécis, alors qu’à l’arrivée on retrouve 2.7 fois plus d’opposants que de partisans. Et avec un score de 72.7% au niveau suisse (79.6% à Genève, et jusqu’à 84.9% au Jura) et tous les cantons qui refusent la mesure, c’est un véritable raz de marée. Le Conseiller fédéral Burkhalter a alors raison de dire que l’on ne peut pas parler de gifle, il s’agit au minimum d’un coup de poing…

Quel avenir maintenant ?

Il y a un double futur à dessiner à partir de cette grande victoire, qu’il ne faut pas oublier d’attribuer à ceux qui l’ont rendue possible, à savoir la gauche et les syndicats. Il y a au plan de la prévoyance la nécessité de poursuivre les réformes de notre système de retraites, en en chassant d’abord les assureurs vie qui n’ont rien à faire dans une assurance sociale et en renforçant surtout le premier pilier qui a cessé depuis longtemps de couvrir les besoins vitaux de la population, ce qui était pourtant sa mission constitutionnelle. Au plan plus général, il y a évidemment toutes les batailles à mener et gagner sur le front des assurances sociales (loi sur le chômage, AVS et AI) dont le scrutin du 7 mars ne constituait qu’un premier round. Si la guerre est de ce point de vue loin d’être gagnée, il n’en demeurera pas moins une éclatante victoire dans la première bataille.



Campagnes